1er juin 1862 : le train arrive à Soissons

« Voilà donc nos vœux comblés, nous possédons ce précieux chemin de fer qui va ouvrir une ère nouvelle aux productions de nos riches et laborieuses contrées." Nous sommes le 1er juin 1862. Défilé, concerts, lâchers de ballons sur le Mail… C’est jour de fête. Les mots de Paul Deviolaine laissent suggérer un moment important. Et c’est le cas…

Une gare en plein champ

En ce dimanche, le maire de Soissons inaugure, avec fierté, la gare… Elle se situe alors en pleine campagne, repoussée par les militaires à 1 kilomètre de la place de la République. 

Car, à l’époque, et ce jusqu’à la fin du XIXe siècle, Soissons est entourée par une ceinture de fortifications. Et pas question de transiger sur le fait que devant le rempart doit subsister une zone non aedificandi d’un kilomètre. Alors, jusqu’au démantèlement des fortifications, dans les années 1890, la gare de Soissons se situe hors les murs, à l’écart et loin du centre-ville.

 

 

Le train, exigence des industriels

Reste que l’arrivée du chemin de fer va changer en profondeur le quotidien des Soissonnais. Paris est désormais à portée de journée ! Les effets vont rapidement se faire sentir dans le domaine économique. Le quartier de la gare devient rapidement le secteur privilégié d’implantation des industries. 

Depuis des années, les entreprises réclamaient le train, condition sine qua non de leur installation à Soissons. En 1883 s’implante la société générale de Fonderie Soissons Magdeleine (usine Piat). En 1914, ce sera le tour de la fabrique de pneus Wolber. En vérité, le train doit d’abord transporter des marchandises. 

Après l’inauguration joyeuse, vient le temps des premiers trajets. Le 2 juin 1862, il est dorénavant possible de se rendre à Villers-Cotterêts par le rail. 

Rapidement, l’avenue du Général-de-Gaulle, faisant la jonction entre la place de la République et la nouvelle gare, se borde de belles demeures bourgeoises. On y trouve aussi quantité de corps de métier différents. Et même, avant 1914, un constructeur automobile…  

L’emploi industriel du bassin soissonnais se concentre dans le quartier de la gare. Des milliers d’emploi, une activité intense. Epoque révolue.

Inspirée de la gare du Nord

On ne sera pas étonné d’apprendre qu’une grande attention est accordée à l’architecture des gares. Elles sont en cette seconde partie du XIXe siècle, déjà un élément d’attractivité incontestable. Celle de Soissons ne déroge pas au principe. 

Avec son pavillon central aux allures d’arc de triomphe de style classique, en pierre de taille, surmonté des armoiries de la Ville, elle évoque grandement, en des dimensions réduites tout de même, la gare du Nord.   

Le traditionnel buffet de la gare, qui fait également fonction d’hôtel, jouxte le bâtiment. 

Dès son origine, la gare constitue un nœud de communication majeur puisqu’en symétrie du buffet de la gare prennent place les services liés aux autres formes de transport en commun, le tramway ainsi que le Chemin de fer de la banlieue de Reims, également les voitures et omnibus à chevaux.

 Le départ des réfugiés

Le 3 août 1914, la gare est le théâtre d’un événement solennel, entre liesse et inquiétude. Les hommes du 67e RI embarque pour ce qui doit être une guerre de quelques semaines… De nombreuses photographies témoignent de ce moment.

Mais le scénario imaginé, comme souvent, se révèle loin des réalités. La guerre dure et surtout la guerre est aux portes de la ville.

A l’automne, décision est prise d’éloigner tous les enfants de moins de quatorze ans de leur famille, direction l’Eure-et-Loir. Mais les enfants doivent d’abord gagner la gare de Vierzy en voiture, les troupes allemandes occupant le tunnel du même nom. 

Puis, au fil des mois, nombreux sont les Soissonnais à prendre le train pour évacuer leur ville proche de la ligne de front. Une fois à Paris, à la sortie de la gare du Nord, un dispositif d’accueil prend en charge ces réfugiés.

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