Actus histoire

La cathédrale de Soissons, victime de la guerre 1914-1918

Le 15 avril 2019, un incendie a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris et a ému les citoyens français et les amateurs du patrimoine dans le monde entier.
La cathédrale de Soissons, un des lieux emblématiques de notre patrimoine soissonnais, a aussi dû faire face à d’importants dommages au cours de la Première Guerre Mondiale.

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Le 15 avril 2019, un incendie a ravagé la cathédrale Notre-Dame de Paris et a ému les citoyens français et les amateurs du patrimoine dans le monde entier. 

La cathédrale de Soissons, un des lieux emblématiques de notre patrimoine soissonnais, a aussi dû faire face à d’importants dommages au cours de la Première Guerre Mondiale. 

 

Tout au long de la guerre, Soissons fut bombardée. L’ennemi prenait principalement pour cibles le vieux centre et la cathédrale. A la fin du conflit, la cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais[1] se trouvait dans un état « lamentable », selon l’architecte en chef des Monuments Historiques, Emile Brunet (1872-1952). La nef fut éventrée par les tirs et les 3 premières travées quasiment détruites, laissant un bâtiment à ciel ouvert et sans vitrerie. Pour le chanoine Henri Doyen, « ce superbe monument, l’honneur de la cité » mourait « sous les yeux d’une population attristée et impuissante ». La tour de la façade fut également endommagée, seuls deux bras « pitoyables » restèrent debout. Ce qui valut à la cathédrale le surnom de « grande pitié de Soissons ».

 

Propriété de l’Etat, la cathédrale[2] de Soissons faisait l’objet de travaux réguliers et d’un suivi par les architectes des Monuments Historiques. 

Dès 1914, les objets mobiliers importants de l’édifice furent mis en sûreté (notamment la toile « l’Adoration des Bergers » de Rubens). Néanmoins, le grand orgue fut complétement détruit en 1918 au moment de l’écroulement de la tour et des voûtes. Deux cloches sur huit seulement survécurent : Protaise (Ré) fondue en 1810 et Simone (La), ancien second bourdon[3] de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes.

 

Au retour de la paix, Emile Brunet, secondé par le chef de chantier Maurice Lépissier[4] et son équipe[5] entreprirent la restauration du monument selon les méthodes anciennes, en taillant et sculptant la pierre du Soissonnais[6], en s’aidant de la louve, procédé datant du Moyen-Age pour soulever les pierres, tout en utilisant des treuils électriques contemporains.

D’après l’architecte, il fallut d’abord déblayer l’édifice, dont les ruines constituaient des accumulations de gravats pouvant aller jusqu’à 5 mètres de haut, et trier les éléments pouvant être réutilisés. Ensuite, les travaux les plus urgents concernèrent la consolidation des maçonneries.

Ces opérations furent facilitées par des travaux de préservation et de consolidation du gros-œuvre, ainsi que l’établissement d’un mur séparatif entre la nef et le reste de la cathédrale à la hauteur du transept, pendant une accalmie en 1917.

Les travaux se poursuivirent pour refaire la couverture du chœur et du transept, clôturer les baies par du plâtre et de la toile huilée, permettant au clergé de reprendre possession de la moitié de l’édifice dès la Toussaint 1919.

 

La restauration continua de 1920 à 1931, avec la reconstruction des arcs-boutants, l’installation de la vitrerie, la réédification de la nef, l’achèvement des voûtes et du mur-pignon nord du transept. La charpente à l’origine en bois de chêne fut reconstituée en béton armé, en raison de la difficulté de se procurer les pièces de bois et leur prix.

 

Afin de vérifier le bon état des fondations, des fouilles furent exécutées en 1923. Elles permirent de constater une construction ancienne de très bonne qualité et démontrèrent l’excellent travail des premiers constructeurs. 12 tombes de chanoines inhumés dans la nef au XVe siècle y furent également découvertes.

 

La cathédrale[7] fut rendue intégralement au culte le 25 avril 1931. Une cérémonie de remise des clés eut lieu le lendemain entre Paul Léon, directeur général des Beaux-Arts, et Monseigneur Mennechet, évêque de Soissons. Pour sa reconstruction, la cathédrale de Soissons bénéficia des dons du clergé, des fidèles mais aussi du Comité Américain pour les Régions Dévastées.

 

Il fallut attendre le 24 octobre 1937 pour l’achèvement de la tour sud et des portails. Les cloches[8] purent ainsi reprendre leur place dans la tour. Cette journée marqua la fin de 19 ans de travaux.

 

Une dalle commémore les travaux de restauration au sein de la cathédrale et marque l’importance des dégâts subis. La Seconde Guerre Mondiale n’eut pas autant d’impact sur le bâtiment et des travaux de préservation se poursuivirent. En janvier 2017, la rosace et l’orgue furent endommagés par la tempête Egon.

 

 

Sources :

Archives départementales de l’Aisne, 8°br 2148, 8° br 1064, 8°R 11 n°6, 8° br 1478

Archives de Soissons, Fonds Bernard Ancien

La construction moderne, revue hebdomadaire d’architecture, 1928, la restauration de la cathédrale par Emile Brunet.

Martine PLOUVIER et Christiane RIBOULLEAU, Les richesses artistiques de la cathédrale Saint-Gervais-Saint-Protais de Soissons, Images du patrimoine, Editions AGIR-Pic, 2004.


[1] Saint-Gervais et Saint-Protais, les patrons de la cathédrale de Soissons, étaient 2 frères martyrisés pour leur foi par l’Empereur Néron (1er siècle ap JC).

 

[2] Construite entre le XIIe et le XVe siècles. Dédicace de la cathédrale le 25 avril 1479 par l’évêque Jean Milet (1443-1503).

 

[3] Grosse cloche à son grave.

[4] Avec également l’entrepreneur de maçonnerie Henri Quélin, le sculpteur Pierre Séguin, et les peintres-verriers Jean Gaudin et Emile Daumont-Tournel.

 

[5] 20 à 25 travailleurs selon Henri Doyen.

[6] La pierre venait des carrières de Crouy, qui avaient dû déjà alimenter le chantier au XIIIe siècle, de Laversine et de Saint-Pierre-Aigle.

 

[7] Les mesures de la cathédrale de Soissons après sa reconstruction : longueur 114 m, nef large de 13 m, hauteur sous clef de voûte 30 m ; 66 m de hauteur pour la tour sud, le fleuron surmontant la tourelle d’escalier porte la hauteur totale à 75 m.

 

[8] 6 nouvelles cloches furent bénies le 22 juin 1924 lors d’une cérémonie. Elles furent installées dans un beffroi provisoire rue de Jaulzy.