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La cathédrale de Soissons, victime de la guerre 1914-1918

En janvier 2017, la tempête souffle fort. Les dégâts sont spectaculaires. Rapidement, les spécialistes vont comprendre que les dégâts de la Première Guerre mondiale ne sont pas étrangers à l’effondrement spectaculaire de la rose occidentale…

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La cathédrale de Soissons sort profondément meurtrie de la Première Guerre mondiale. Au fil du conflit, les artilleurs allemands campés sur leurs positions dominant la ville, font parler leurs canons. Et comme à Reims, ou au château de Coucy en 1917, l’effet recherché est tout autant psychologique que symbolique.  

 

Urgence à restaurer

Le grand vaisseau gothique termine le conflit à ciel ouvert, les trois premières travées de la nef s’étant effondrées. La tour de façade dresse vers le ciel deux moignons « pitoyables » ce qui vaut à la cathédrale le surnom de « grande pitié de Soissons ».

Si dès 1914, les objets mobiliers principaux, notamment « l’Adoration des Bergers » de Rubens, sont mis en sûreté, le grand orgue lui est complétement détruit en 1918. Deux cloches sur huit seulement subsistent dont l’ancien second bourdon de l’abbaye Saint-Jean-des-Vignes.

Les photographes documentent cet état « lamentable » selon l’architecte en chef des Monuments Historiques, Emile Brunet (1872-1952), fixant sur leurs plaques de verre l’état désastreux de l’édifice : pour témoigner des effets des bombardements, également pour exiger des dommages de guerre. Face aux images de la cathédrale, il est urgent de la restaurer. 

 
Avec les matériaux disponibles

Tout débute par le déblaiement de gravats pouvant aller jusqu’à 5 mètres de haut, trier les éléments pouvant être réutilisés. Après l’urgence à consolider les maçonneries, les travaux se poursuivent avec la reprise des couvertures du chœur et du transept. Le clergé reprend ainsi possession de la moitié de l’édifice dès la Toussaint 1919.

Reconstruction des arcs-boutants et de la nef, pose de nouveaux vitraux et retour de ceux démontés en 1914, il reste à attendre 1937 pour voir la fin du chantier. Comme à Reims, le chêne de la charpente médiévale cède la place au béton armé. Le choix se justifie tant par des raisons techniques que par la pénurie du moment. C’est cette pénurie qui explique en partie des décennies plus tard, en janvier 2017, l’effondrement de la rose occidentale. 

En effet, il faut au moment de la reconstruction faire avec les matériaux disponibles dans un pays aux allures d’immense chantier. La mise en œuvre de pierres de différentes qualités ne pouvait que fragiliser des maçonneries devant résister à des contraintes considérables. 

Défi technologique des bâtisseurs médiévaux, les épreuves du temps nous rappellent que les cathédrales sont suffisamment fragiles pour que les hommes doivent constamment se tenir à leur chevet.